Mlle de La Force's fairy tale "Persinette," which was translated into German in 1790 by Friedrich Schulz, is the original inspiration for the Grimm Brothers' tale "Rapunzel." The following transcription is taken from the original 1698 printing of volume one. An English translation is forthcoming.

Note: All original spellings, accents, and grammar. However, for ease of reading, I have replaced all instances of the long s (ſ) with their modern print equivalent, and due to the nature of HTML, spacing is sometimes inexact.

Les Contes Des Contes. Tome I.

Persinette.

Conte.

Deux jeunes amans s'étoient mariés ensemble aprés une longue poursuite de leurs amours ; rien n'étoit égal à leur ardeur, ils vivoient contens & heureux, quand pour combler leur felicité, la jeune épouse se trouva grosse, & ce fut une grande joye dans ce petit menage : ils souhaitoient fort un enfant, leur desir se trouvoit accompli.

Il y avoit dans leur voisinage une Fée qui sur tout étoit curieuse d'avoir un beau jardin, on y voyoit avec abondance de toutes sortes de fruits, de plantes & de fleurs.

En ce tems-là le persil étoit fort rare dans ces contrées ; la Fée en avoit fait porter des Indes, & on n'en eût sçu trouver dans tous le Païs que dans son jardin.

La nouvelle épouse eut une grande envie d'en manger, & comme elle sçavoit bien qu'il étoit mal-aisé de la satisfaire, parce que personne n'entroit dans ce jardin ; elle tomba dans un chagrin qui la rendit même méconnoissable aux yeux de son époux. Il la tourmenta pour sçavoir la cause de ce changement prodigieux qui paroissoit dans son esprit aussi-bien que sur son corps, & aprés lui avoir trop resisté, sa femme luy avoüa enfin qu'elle voudroit bien manger du persil ; le mary soupira & se troubla pour une envie si mal-aisée à satisfaire ; neanmoins comme rien ne paroît difficile en amour, il alloit jour & nuit autour des murs de ce jardin pour tâcher d'y monter, mais ils étoient d'une hauteur qui rendoit la chose impossible.

Enfin un soir il aperçût une des portes du jardin ouverte. Il s'y glissa doucement, & il fut si heureux qu'il prît à la hâte une poignée de persil, il ressortit comme il étoit entré, & porta son vol à sa femme qui le mangea, avec avidité, & qui deux jours aprés se trouva plus pressée que jamais de l'envie d'en remanger encore.

Il falloit que dans ce tems-là le persil fût d'un goût excellent.

Le pauvre mary retourna ensuite plusieurs fois inutilement; mais enfin sa perseverance fut recompensée, il trouva encore la porte du jardin ouverte, il y entra & fut bien surpris d'apperçevoir la Fée elle-même qui le gronda fort de la hardiesse qu'il avoit de venir ainsi dans un lieu dont l'entrée n'étoit permise à qui que ce fût : le bonhomme confus se mit à genoux luy demanda pardon, & luy dit, que sa femme se mouroit, si elle ne mangeoit pas un peu de persil ; qu'elle étoit grosse, & que cette envie étoit bien pardonnable, eh bien, luy dit la Fée, je vous donneray du persil tout autant que vous en voudrés, si vous me voulez donner l'enfant dont vôtre femme accouchera.

Le mary aprés une courte deliberation le promit, il prit du persil autant qu'il en voulut.

Quand le temps de l'accouchement fut arrivé, la Fée se rendit prés de la mere qui mit au monde une fille à qui la Fée donna le nom de Persinette, elle l'a reçût dans des langes de toille d'or, & luy arrosa le visage d'une eau precieuse qu'elle avoit dans un vase de cristal qui la rendit au moment même la plus belle creature du monde.

Aprés ces ceremonies de beauté la Fée prit la petite Persinette, l'emporta chez elle, & la fit élever avec tous les soins imaginables; ce fut avec merveille, avant qu'elle eût atteint sa douziéme année, & comme la Fée connoissoit sa fatalité, elle resolut de la dérober à ses destinées.

Pour cet effet elle éleva par le moyen de ses charmes une Tour d'argent au milieu d'une forêt : cette misterieuse Tour n'avoit point de porte pour y entrer; il y avoit de grands & beaux appartemens aussi éclairez que si la lumiere du soleil y fût entrée, & qui recevoient le jour par le feu des escarboucles, dont toutes ces chambres brilloient. Tout ce qui étoit necessaire à la vie s'y trouvoit splendidement ; toutes les raretez étoient ramassées dans ce lieu. Persinette n'avoit qu'à ouvrir les tiroirs de ses cabinets, elle les trouvoit pleins des plus beaux bijoux, ses garderobes étoient magnifiques autant que celles des Reines d'Asie ; & il n'y avoit pas une mode, qu'elle ne fût la premiere à avoir, elle étoit seule dans ce beau sejour, où elle n'avoit rien à desirer que de la compagnie, à cela prés tous ses desirs étoient prevenus & satisfaits.

Il est inutile de dire qu'à tous ses repas les mets les plus delicats faisoient sa nourriture; mais j'assurerai que comme elle ne connoissoit que la Fée elle ne s'ennuyoit point dans sa solitude ; elle lisoit, elle peignoit, elle joüoit des instrumens & s'amusoit à toutes ces choses qu'une fille qui a été parfaitement élevée n'ignore point.

La Fée luy ordonna de coucher au haut de la Tour, où il y avoit une seule fenêtre, & aprés l'avoir établie dans cette charmante solitude, elle descendit par cette fenêtre & s'en retourna chez elle.

Persinette se divertit à cent choses differentes, dés qu'elle fut seule. Quand elle n'auroit fait que foüiller dans ses cassettes c'étoit une assez grande occupation, combien de gens voudroient avoir une semblable !

La vûë de la fenêtre de la Tour étoit la plus belle vûë du monde ; car on voyoit la mer d'un côté, & de l'autre cette vaste forest, ces deux objets étoient singuliers & charmans. Persinette avoit la voix divine, elle se plaisoit fort à chanter, & c'étoit souvent son divertissement sur tout aux heures qu'elle attendoit la Fée. Elle la venoit voir fort souvent, & quand elle étoit au bas de la Tour, elle avoit accoûtumé de dire. Persinette, descendez vos cheveux que je monte.

C'étoit une des grandes beautez de Persinette que ses cheveux qui avoient trente aunes de longueur sans l'incommoder, ils étoient blonds comme fin or, cordonnez avec des rubans de toutes couleurs, & quand elle entendoit la voix de la Fée, elle les detâchoit, les mettoit en bas & la Fée montoit.

Un jour que Persinette étoit seule à sa fenêtre, elle se mit à chanter le plus joliment du monde.

Un jeune Prince chassoit dans ce tems-là, il s'étoit écarté à la suite d'un cerf, & entendant ce chant si agreable, il s'en approcha & vit la jeune Persinette, sa beauté le toucha, sa voix le charma. Il fit vingt fois le tour de cette fatale Tour, & n'y voyant point d'entrée, il pensa mourir de douleur, il avoit de l'amour, il avoit de l'audace, il eût voulu pouvoir escalader la Tour.

Persinette de son côté perdit la parole quand elle vit un homme si charmant, elle le considera longtems toute étonnée, mais tout à coup elle se retira de sa fenêtre, croyant que ce fût quelque monstre, se souvenant d'avoir oüy dire qu'il y en avoit qui tüoient par les yeux, & elle avoit trouvé les regards de celuy-cy tres-dangereux.

Le Prince fut au desespoir de la voir ainsi disparoître; il s'informa aux habitations les plus voisines de ce que c'étoit, on luy apprit qu'une Fée avoit bâti cette tour, & y avoit enfermé une jeune fille ; il y rodoit tous les jours : enfin il y fut tant qu'il vit arriver la Fée & entendit qu'elle disoit, Persinette, descendez vos cheveux que je monte. Au même instant il remarqua que cette belle personne défaisoit les longues tresses de ses cheveux, & que la Fée montoit par eux, il fut tres-surpris d'une maniere de rendre visite si peu ordinaire.

Le lendemin quand il crût que l'heure étoit passée, que la Fée avoit accoûtumé d'entrer dans la Tour, il attendit la nuit avec beaucoup d'impatience, & s'approchant sous la fenêtre il contrefit admirablement la voix de la Fée, & dit. Persinette, descendez vos cheveux que je monte.

La pauvre Persinette abusée par le son de cette voix accourut & detacha ses beaux cheveux; le Prince y monta, & quand il fut au haut, & qu'il se vit sur la fenêtre, il pensa tomber en bas, quand il remarqua de si prés cette prodigieuse beauté : neanmoins rapellant toute son audace naturelle, il sauta dans la chambre, & se mettant aux pieds de Persinete, il luy embrassa les genoux avec une ardeur qui pouvoit la persuader : elle s'effraya d'abord, elle cria, un moment aprés elle trembla, & rien ne fut capable de la rasseurer, que quand elle sentit dans son cœur autant d'amour qu'elle en avoit mis dans celuy du Prince. Il luy disoit les plus belles choses du monde, à quoy elle ne repondit que par un trouble qui donna de l'esperance au Prince ; enfin devenu plus hardy, il luy proposa de l'épouser sur l'heure, elle y consentit sans sçavoir presque ce qu'elle faisoit, elle acheva de même toute la ceremonie.

Voila le Prince heureux, Persinette s'accoûtume aussi à l'aimer, ils se voyoient tous les jours, & peu de temps aprés elle se trouva grosse. Cet état inconnu l'inquieta fort, le Prince s'en douta, & ne lui voulut pas expliquer de peur de l'affliger. Mais la Fée l'étant allée voir, ne l'eut pas sitôt considerée qu'elle connut sa maladie. Ah malheureuse ! luy dit-elle, vous êtes tombée dans une grande faute ; vous en serez punie, les destinées ne se peuvent éviter, & ma prevoyance a été bien vaine ; en disant cela elle luy commanda d'un ton imperieux de luy avoüer toute son avanture, ce que la pauvre Persinette fit les yeux tout trempez de larmes.

Aprés ce recit la Fée ne parut point touchée de tout l'amour dont Persinette luy racontoit des traits si touchans, & la prenant par ses cheveux elle en coupa les precieux cordons ; aprés quoy elle la fit descendre & descendit aussi par la fenêtre, quand elles furent au bas elle s'envelopa avec elle d'un nuage qui les porta toutes deux au bord de la mer dans un endroit tres-solitaire, mais assez agreable ; il y avoit des prés, des bois, un ruisseau d'eau douces, une petite hutte faite de feüillages toûjours verds, & il y avoit dedans un lit de jonc marin, & à côté une corbeille, dans laquelle il y avoit de certains biscuits qui étoient assez bons, & qui ne finissoient point. Ce fut en cet endroit que la Fée conduisit Persinette, & la laissa aprés luy avoir fait des reproches qui luy parurent cent fois plus cruels que ses propres malheurs.

Ce fut en cet endroit qu'elle donna naissance à un petit Prince, & à une petite Princesse, & ce fut en cet endroit qu'elle les nourrit, & qu'elle eut tout le temps de pleurer son infortune.

Mais la Fée ne se trouva pas une vengeance assez pleine, il falloit qu'elle eût en son pouvoir le Prince, & qu'elle eut quitté la malheureuse Persinette, elle remonta à la Tour, & se mettant à chanter du ton dont chantoit Persinette, le Prince trompé par cette voix, & qui revenoit pour la voir luy redemanda ses cheveux pour monter comme il avoit accoûtumé ; la perfide Fée les avoit exprés coupés à la belle Persinette, & les luy tendant le pauvre Prince parut à la fenêtre, où il eut bien moins d'étonnement que de douleur, de ne trouver pas sa maîtresse, il la chercha des yeux, mais la Fée le regardant avec colere; temeraire, luy dit-elle, vôtre crime est infini, la punition en sera terrible, mais luy sans écouter des menaces qui ne regardoient que luy seul, où est Persinette, luy repondit-il, elle n'est plus pour vous repliqua-t-elle : lors le Prince plus agité des fureurs de sa douleur, que constraint par la puissance de l'art de la Fée, se precipita du haut de la Tour en bas. Il devoit mille fois se briser tout le corps, il tomba sans se faire autre mal que celuy de perdre la vûë.

Il fut tres étonné de sentir qu'il ne voyoit plus, il demeura quelque tems au pied de la Tour à gemir & à prononcer cent fois le nom de Persinette.

Il marcha comme il pût en tâtonnant d'abord, ensuite ses pas furent plus asseurez, il fut ainsi je ne sçay combien de tems sans rencontrer qui que ce fût qui pût l'assister & le conduire ; il se nourrissoit des herbes & des racines qu'il rencontroit quand la faim le pressoit.

Au bout de quelques années il se trouva un jour plus pressé du souvenir de ses amours & de ses malheurs qu'à l'ordinaire, il se coucha sous un arbre & donna toutes ses pensées aux tristes reflexions qu'il faisoit. Cette occupation est cruelle à qui pense meriter un meilleur sort, mais tout à coup il sortit de sa réverie par le son d'une voix charmante qu'il entendit. Ces premiers sons allerent jusqu'à son cœur, ils le penetrerent, & y porterent de doux mouvemens avec lesquels il y avoit long-tems qu'il n'avoit plus d'habitude. O Dieux! s'écria-t-il, voila la voix de Persinette.

Il ne se trompoit pas, il étoit insensiblement arrivé dans son desert, elle étoit assise sur la porte de sa cabanne, & chantoit l'histoire malheureuse de ses amours ; deux enfans qu'elle avoit plus beaux que le jour se joüoient à quelques pas d'elle, & s'éloignant un peu ils arriverent jusques auprés de l'arbre sous lequel le Prince étoit couché. Ils ne l'eurent pas plûtôt vû, que l'un & l'autre se jettant à son col l'embrasserent mille fois en disant à tout moment, c'est mon pere. Ils appelerent leur mere, & firent de tels cris, que'lle accourut ne sçachant ce que ce pouvoit être ; jamais jusqu'à ce moment-là sa solitude n'avoit esté troublée par aucun accident.

Quelle fut sa surprise & sa joye quand elle reconnut son cher époux? c'est ce qui n'est pas possible d'exprimer : elle fit un cri perçant, & s'élançant auprés de luy, son saisissement fut si sensible, que par un effet bien naturel elle versa un torrent de larmes. Mais, ô merveille ! à peine ses larmes precieuses furent-elle tombées sur les yeux du Prince, qu'ils reprirent incontinent toute leur lumiere, il vit clair comme il faisoit autrefois, & il reçut cette faveur par la tendresse de la passionnée Persinette, qu'il prit entre ses bras, &, à qui il fit mille fois plus de caresses qu'il ne luy en avoit jamais fait.

C'étoit un spectacle bien touchant de voir ce beau Prince, cette charmante Princesse & ces aimables enfans dans une joye & une tendresse qui les transportoit hors d'eux-mêmes.

Le reste du jour s'écoula ainsi dans ce plaisir ; mais le soir étant venu, cette petite famille eut besoin d'un peu de nourriture ; le Prince croyant prendre du biscuit, il se convertit en pierre ; il fut épouvanté de ce prodige & soupira de douleur, les pauvres enfans pleurerent, la desolée mere voulut au moins leur donner un peu d'eau, mais elle se changea en Cristal.

Quelle nuit ! ils la passerent assez mal, ils crurent cent fois qu'elle seroit éternelle pour eux.

Dés que le jour parut ils se leverent & resolurent de cuëillir quelques herbes, mais quoy ! elles se transformoient en crapaux, en bêtes venimeuses, les oiseaux les plus innocens devinrent des dragons, des harpies qui voloient autour d'eaux, & dont la vûë causoit de la terreur. C'en est donc fait, s'écria le Prince ; ma chere Persinette je ne vous ay retrouvée que pour vous perdre d'une maniere plus terrible : mourons, mon cher Prince, repondit-elle, en l'embrassant tendrement, & faisons envier à nos ennemis même la douceur de nôtre mort.

Leurs pauvres petits enfans étoient entre leurs bras dans une defaillance qui les mettoit à deux doigts de la mort. Qui n'auroit pas esté touché de voir ainsi mourante cette deplorable famille? aussi se fit-il pour eux un miracle favorable : la Fée fut attendrie & rappellant dans cet instant toute la tendresse qu'elle avoit sentie autrefois pour l'aimable Persinette : elle se transporta dans le lieu où ils étoient, elle parut dans un char brillant d'or & de pierreries, elle les y fit monter, se plaçant au milieu de ces amans fortunées, & mettant à leurs pieds leurs agreables enfans sur des Carreaux magnifiques, elle les conduisit de la sorte jusqu'au Palais du Roy Pere du Prince; ce fut là que l'allegresse fut excessive, on reçût comme un Dieu ce beau Prînce que l'on croyoit perdu depuis si long-tems, & il se trouva si satisfait de se voir dans le repos aprés avoir esté si agité de l'orage, que rien au monde ne fut comparable à la felicité dans laquelle il vécut avec sa parfaite épouse.

Tendres amans apprenez par ceux-cy,
Qu'il est avantageux d'être toûjours fidèles,
Les peines, les travaux, le plus cuisant soucy,
Tout enfin se trouve adoucy,
Quand les ardeurs sont mutuelles :
On brave la fortune, ou surmonte le sort,
Tant que deux amans sont d'accord.

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